Chronique littéraire

Chronique littéraire: Avec toutes mes sympathies d’Olivia de Lamberterie.

Je viens de terminer ce roman autobiographique: Avec toutes mes sympathies d’Olivia de Lamberterie, journaliste pour le magazine ELLE,  critique littéraire sur France 2 et sur France Inter. L’auteur raconte comment elle vécue le suicide de son frère, l’avant et l’après. J’ai été assez surprise par ce livre, par les paroles tellement honnête de cet femme qui aborde autant de sujets important comme les familles recomposés, les vieilles traditions dépassés, la difficulté de communiqué avec les médecin et d’être entendu, la dépression. Ce livre a été récompensé par le Prix Renaudot 2018. 

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Ce livre retrace le point de vue d’Olivia de Lambertinerie face aux multiples tentatives de suicide de son frère Alexandre, dont elle est très proche, puis de son décès. Ce suicide, il l’avait prévu. Il a fait ses adieux à sa manière à tous ceux qu’il aimait, en sortant, en faisant la fête, en se faisant « plaisir » mais surtout plaisir aux autres. Il a tout fait en douceur sans que personne ne puisse s’en douter, pour justement que personne ne puisse se reprocher sa mort. 

Contrairement à mes premières craintes de tomber sur un ouvrage un peu glauque et vraiment basé sur le suicide et la mort, j’ai été agréablement surprise. Ce livre, écrit sous forme de journal, qui voyage entre dates et lieux clés, ou l’auteur raconte son enfance, ses souvenirs et anecdotes. Sûrement un moyen pour elle de consigner ses souvenirs de son frère et de sa famille, avant qu’elle ne soit à jamais bouleversé par se drame. Les chapitres s’alternent, un coup on voit l’évolution d’Alex, et de l’autre, la vie quotidienne d’Olivia, son enfance et ses dénonciations. Alex vivra à jamais à  travers ses pages. 

Cette journaliste qui perd l’envie de lire et d’écrire des articles car elle a peur de se plonger dans l’univers de quelqu’un d’autre et de s’éloigner des souvenirs qu’elle a de son frère. Elle a peur qu’il disparaisse à jamais. Bloquée dans le passé elle cherche vraiment tout ce qui peut lui faire penser à lui. Derrière tous ces passages, on n’est pas plombé de tristesse, l’humour pointe même son petit bout du nez entre deux lignes. Elle souhaite que les gens se rappel d’Alex comme quelqu’un de talentueux et drôle avant tout. 

 » Toutes mes sympathies » est le terme Canadien qui remplace nos « toutes mes condoléances ». Elle dénonce et ne supporte pas les gens qui lui disent de « faire le deuil », car comme elle le dit, Alex est une partie d’elle-même, son confident, son petit frère. Impossible de faire le deuil de cette partie qui fait qui elle est. Il faut apprendre à vivre avec. Se rappeler les bons moments. J’ai bien aimé sa philosophie, sa manière de fêter noël, quelques mois après la mort de son frère, déguisés en souvenir de cet être mélancolique qui aimait la fête. 

« je voulais inventer une manière joyeuse d’être triste ».

Mais ce roman c’est encore plus que cela. Elle dénonce beaucoup d’inégalité; les mœurs anciennes dépassées comme le fait de devoir choisir son mari dans le même cercle social, de faire des enfants et de devenir mère au foyer, le fait de ne pas avoir d’enfants hors mariage, etc. Elle parle de son milieu social, qu’elle à du mal a classer puisque ça lui importe peu,  mais qui se trouve entre l’aristocratie et les bobos.
Aussi elle raconte l’hypocrisie des gens à son comble:  que lorsqu’elle est tombée enceinte hors mariage, ses amis l’ont abandonnés, mais quelques années plus tard, ils sont revenu à cause de son succès, parce qu’elle écrit des chroniques pour des magazines, la TV ou la  radio. 

Sans le leur reproche, elle parle du fait que dans sa famille, on n’exprime as ses sentiments, on ne parle pas de sujets tabous. La mort de son frère est d’autant plus dure pour elle car étant identique, ne sachant comment parler, ils y arrivaient ensemble.
Elle part du principe, comme le dit la psychanalyste Caroline Eliacheff, que « passé 25 ans, il faut arrêter d’en vouloir à ses parents et se remettre en question soi-même ». Elle raconte honnêtement son état d’esprit, qu’elle est « présente sans être vraiment là ». 


C’est aussi une personne qui a un avis exacerber sur tout, notamment sur ce que doit être la lecture: ni un passe-temps, ni un sport, ni un loisir. Elle comprend pas qu’on puisse inventer des tragédies par exemple. Ce que je trouve dommage c’est qu’on ne connaisse pas la raison de ce tel sentiment, elle le dit mais n’explique pas ses raisons. Par contre, tout au long du récit, on trouve pleins de citations et de références à des ouvrages, ce qui est plutôt cool. 

Evidement on aborde des questions hyper difficiles. Son frère attaché sur un lit après sa tentative de suicide, vient se poser le dilemme:  le détacher ou pas? Faire ce qui est bien pour lui, car il est dangereux pour lui-même, malgré le fait qu’il hurle qu’on le détache, ou le détacher et lui laisser sa liberté, son libre arbitre de mener sa vie comme il le souhaite? C’est une question qui revient souvent, aurait elle put, ou aurait elle souhaité le dissuader de se tuer, alors que c’était sa volonté?   

Elle met en garde sur la mésinterprétation des sentiments que l’on peut avoir. Elle se demande quand est-ce qu’il a dérivé vers la dépression. Que effectivement adolescent il n’était pas très bien, mais souvent la période de l’adolescence est ambiguë.  On confond  le mal-être de l’adolescent avec de la réelle dépression. Une chose importante a laquelle il faut être vigilant. 

Dans ce livre elle dénonce également  les maladresses des médecins, qui vous lâchent des bombes et vous laisse vous débrouiller avec, qui se mêlent de ce qui ne les regarde pas, qui ne donne – cherche- pas de traitement adapté car les pilules de toutes les couleurs c’est plus simple et efficace. Elle dénonce la douleur que ces médecins infligent aux familles, et aux patients. C’est pour moi le passage qui m’a le plus marqué. C’est tellement vrai, certains médecins, sans en faire une généralité, ont tellement de patients qu’il faut aller vite, ils n’ont pas le temps de seulement vous écouter et de prendre en compte ce que vous dites. Parfois il faut même se battre pour parler à un médecin. 

Certaines pages du cahier de notes d’Alexandre on êtes publiés. C’est intéressant d’avoir sa perspective des choses, entres autres comment il vit l’internement de force après sa tentative de suicide.  Il pense être né comme ça, que c’est sa personnalité. 

Alex est dépressif, on lui diagnostique une maladie au bout de la deuxième tentative de suicide: Dysthymie. De plus, il y a beaucoup d’hommes suicidés dans leur famille. Alors naturellement Olivia se pose la question, existe-il un gène de suicide? Sont ils maudits, cela arrivera t-il à l’un de ses fils? Mais aucun psychiatre ne lui a donné de réponse.
Elle parle de l’injustice qui est faite après la mort. Le fait qu’on n’ose pas évoquer la vie d’un être suicidé, contrairement à une personne fauchée par une voiture par exemple. Il y a une réelle peur de remuer le couteau dans la plait de la famille. 
Elle dénonce les phrases toutes faites, parfois sans empathie, les « ça va aller », les « il faut que ».

Au travers de ses pages, on entre dans l’intimité de cette journaliste, dans ses sentiments et dans sa famille. On découvre Alexandre, designer très doué – il a notamment dessiné l’ours du Columbus Café- avec ces deux facettes. Ce malêtre l’a tué. Elle a écrit pour le faire vivre, pour exprimer ce qu’elle n’a pu faire à haute voix. C’est une belle façon de lui rendre hommage. Elle ne veut pas faire son deuil car il est une partie d’elle-même. Il est immortalisé par ses pages et peut être que ce livre peut aider des personnes dans la même situation d’Olivia de Lamberterie. 

Chronique littéraire

Chronique littéraire: Deux petits pas sur le sable mouillé

Cette histoire aussi émouvante que tragique, qui nous fait rire et pleurer en même temps, est écrite par la journaliste Anne-Dauphine Julliand, et retrace le combat de sa fille face à la maladie. Ce récit témoigne du combat de Thaïs face à la maladie, le quotidien de cette famille nouvellement bouleversé, l’adaptation de Gaspard, le grand frère de quatre ans qui doit lui aussi apprendre à vivre avec. La maladie ne touche pas seulement une seule personne, mais bien toute la famille.

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Thaïs a été diagnostiquée à l’âge de 2 ans d’une maladie génétique orpheline. Un diagnostic finalement trouvé après que Julliand se soit battu pour que les médecins la prennent au sérieux. Et son instinct maternel ne l’a pas trompée. C’est en voyant la petite fille se déplacer sur la plage, d’une démarche peu assurée et avec un pied tourné vers l’extérieur qu’elle se pose des questions.

Ce livre montre que même dans la maladie, on peut trouver de la joie et du bonheur. « Il faut profiter de la vie même si… ». La vie n’est pas à prendre comme acquise, tout peut basculer du jour au lendemain, comme pour cette famille. Mais comme on dit, on ne se rend compte de ce que l’on perd, seulement lorsqu’il est trop tard.

« Il faut ajouter de la vie aux jours, lorsqu’on ne peut plus ajouter de jours à la vie ».  Ces quelques mots sont probablement ceux qui m’ont le plus marquée dans ce livre. La véracité de ces mots est extraordinaire. Le livre est la promesse d’une mère faite à son enfant de lui transmettre tout le bonheur possible jusqu’à la fin de sa courte, mais heureuse vie. Mais un malheur n’arrive jamais seul, alors quand Azylis, la petite sœur de Thaïs pointe le bout de son nez, c’est avec une grande tristesse que ses parents apprennent qu’elle aussi est atteinte de cette maladie incurable aujourd’hui. C’est alors que la famille jongle entre la fin de vie de Thaïs, Azylis qui ne peut sortir de l’hôpital et qui doit se faire opérer de la moelle osseuse afin d’obtenir une meilleure condition de vie, et rendre l’enfance de Gaspard la plus « normale » possible.

Cependant, ce qui m’a surprise dans ce livre, en raison du thème abordé, c’est la force dégagée par ce couple pour ne pas perdre leur sourire et leur joie de vivre. Ils apprennent à profiter de chaque instant, et à les savourer. Un passage que je retiens particulièrement est lorsque Gaspard fait le clown pour faire rire sa sœur, il joue à cache-cache avec Thaïs, devenue aveugle par la maladie, qui rit aux éclats.

C’est également la façon de montrer que les enfants malades peuvent aussi être heureux, malgré leur handicap qui m’a plu. Les enfants s’adaptent plus facilement aux changements que les adultes, et c’est peut-être nous qui rendons les choses plus dures qu’elles ne le sont parfois. C’est également un thème qu’Anne-Dauphine Julliand aborde dans son long métrage « Et les mistrals gagnants ».

Ce livre reçoit en 2011 le prix Paroles de patients, et le prix Le Pèlerin du témoignage en 2013. On comprend pourquoi une fois qu’on a lu ce récit ; il redonne de l’espoir, nous apprend à profiter de chaque instant, et à trouver le bonheur partout, même lorsqu’il se cache. L’histoire de cette famille si attachante continue dans un deuxième ouvrage intitulé Une Journée particulière avec en bonus un petit Arthur.

Attention, préférez un endroit calme et intime pour lire ce livre si vous êtes plutôt pudique, et ne souhaitez pas verser de larmes en public. Bonne lecture.